Les Calaos par Pat

Publié le par Patrice René

Nous continuons aujourd'hui la présentation des calaos.
 
Pour les accompagner voici une fable africaine:
 
 
 
Calao noir, Calao blanc
 
Dans les premiers temps de la création – il y a longtemps, il y a bien longtemps – le grand calao était un oiseau tout blanc. Si blanc que les hommes le distinguaient difficilement des blancs nuages qui s'accumulent parfois dans le ciel entre la fin de la grande saison des pluies et le début de la saison sèche.
 
Un jour, il se dit: "Moi, calao, moi qui vole dans les cieux, et qui ne rencontre jamais d'homme là-haut, je vais aujourd'hui faire une petite promenade à pied. De cette façon, les hommes me connaîtront, et moi-même je les verrai de plus près".
 
Il partit donc de chez lui à pied, et très content de pouvoir ainsi contempler la nature tout au long de son voyage. Il marcha pendant une bonne partie de la matinée, puis se posta sur le bord d'un sentier: "On m'a assuré que les hommes empruntent souvent ce chemin se dit-il. Donc, si je me tiens ici, j'en verrai bien quelques-uns passer."
 
 
Le calao avait raison. C'était en effet la piste sur laquelle marchaient les hommes pour aller dans la forêt ou pour rentrer dans leur village.
 
Et voici qu'un homme seul vient à passer. Le calao le voit arriver et passer devant lui. Sans rien dire. Mais aussitôt après il lui crie: "Salut! Homme à la bouche pourrie!"
 
L'homme se retourne et répond: "Salut, calao".
 
Rien de plus. Puis il continue son chemin.
Le calao est très content de lui-même. C'est la première fois qu'il parle à un homme. Et l'homme lui a répondu! Il attend que d'autres hommes viennent à passer.
Quelques instants après, voici en effet deux humains qui arrivent d'un bout du sentier et qui passent devant le calao sans faire attention à lui. L'oiseau leur crie: "Salut! Hommes, assassins, meurtriers de vos semblables! Salut!"
 
 
Est-ce que les deux hommes prennent cela pour un compliment? Toujours est-il qu'ils répondent d'une seule voix au grand oiseau: "Salut, calao".
 
Rien de plus. Et ils continuent leur route comme si de rien n'était.
 
Le calao se dit "Les hommes, on m'avait pourtant assuré qu'ils étaient intelligents! Voici que leur adresse des insultes et ils ont l'air de ne rien comprendre! Ils ont même l'air de prendre ces insultes pour des compliments! Hahaha qu'ils sont bêtes ces hommes!... Enfin, ne bougeons pas. Et voici trois autres qui arrivent, on va voir comment ils vont accueillir mon salut".
 
Trois hommes marchant ensemble arrivent, en effet, à la hauteur du calao qui les voit passer sans faire attention à lui. Alors ils leur crie: "Salut! Hommes hypocrites et calomniateurs!"
 
Les trois hommes se retournent, juste le temps de répondre à l'oiseau: "Salut, calao"
 
Et rien de plus. Ils continuent leur marche comme si de rien n'était.
 
 
Le calao n'en croit pas ses oreilles! Ni ses yeux!
 
Au bout d'un moment, voilà que l'homme seul, celui-là qui est passé le premier devant le calao tout à l'heure s'arrête soudain et se dit: "Voyons, c'est en fait une véritable injure que le calao m'a adressée tout à l'heure! Homme à la bouche pourrie! Qu'est-ce que cela veut dire? Qu'ests-ce que cela peut donc vouloir dire? Et qu'est-ce que j'ai bien pu faire au calao pour qu'il me traite de la sorte ? Je vais le lui demander!"
Alors, il revient sur ses pas.
 
Peu après, il rencontre les deux hommes qui marchaient ensemble et à qui le calao avait également décoché des insultes incompréhensibles. Puis tous trois rencontrent les trois hommes ensemble, qui eux aussi, ont décidé d'aller demander au calao la signification de son salut de tout à l'heure.
 
"Calao dit le premier homme, tu m'a salué en disant "Salut! Homme à la bouche pourrie!" Peux-tu m'expliquer ce que cela veut dire, et surtout peux-tu me dire pourquoi je mérite une telle injure?"
 
 
Le calao n'a pas le temps de répondre car les deux hommes suivant enchaînent aussitôt:
 
"Nous, tu nous a traités d'assassins, de meurtriers de nos semblables. Peux-tu nous dire ce que cela signifie et surtout en quoi nous avons mérité un tel traitement?"
 
Et aussitôt les trois hommes ensemble d'ajouter:
 
"Oui calao, à nous aussi tu as adressé un salut tout à fait indécent. Pourquoi dis-tu que nous sommes des hypocrites et des calomniateurs? Qu'est-ce que nous t'avons fait pour être traités de la sorte?"
 
Voici notre calo bien embarrassé. Il ne s'était pas attendu à l'assaut de six personnes à la fois.
A présent, dans son for intérieur, il regrette amèrement tout ce qu'il se disait tout à l'heure à propos de la bêtise des hommes. Mais le plus urgent c'est bien entendu de trouver tout de suite des réponses aux questions que lui posent ceux qui sont là, devant lui, et dont on sent la colère.
 
Le calao se gratte la tête comme quelqu'un qui cherche une réponse intelligente. En voyant la mine antipathique de ses interlocuteurs, il se montre diplomate et leur dit:
 
"Ah! Ah! Je vois que mes salutations vous ont fâchés! Pourtant croyez-moi je n'avais pas l'intention de vous mettre en colère. Je parlais plutôt en bien, et je suis persuadé que vous allez vous en convaincre dans un instant. Essayez de comprendre mes propos. Si je dis "bouche pourrie", c'est parce que cet homme marche seul. Oui, il marche seul, sans parler à personne. Or, vous savez que si un homme ne parle pas pendant longtemps, son haleine devient mauvaise à la longue. C'est pour cela que je parle de bouche pourrie".
 
 
 
Les six hommes se regardent sans dire un seul mot. Le calao continue ses explications:
 
"Si je vous ai dit, à vous deux, que vous êtes des assassins, des meurtriers de vos semblables, c'est parce que vous êtes deux. Oui, supposez que vous vous mettiez à vous battre soudain, et qu'il n'y avait personne pour vous séparer, c'est certain que l'un de vous tuera l'autre. N'est-ce pas votre avis?"
 
Les six hommes se regardent encore sans rien dire. Le calao continue:
 
"Pourquoi vous ai-je traités, vous trois, d'hypocrites et de calomniateurs? Je vais vous le dire. Vous savez comment les choses se passent souvent: trois hommes sont ensemble et se comportent comme trois amis. Pourtant, il suffit que l'un deux s'absente un instant, pour les deux autres se mettent aussitôt à dire du mal de lui. N'est-ce pas là de l'hypocrisie et de la calomnie?"
 
En entendant ces explications, les six hommes se regardent encore un moment sans rien dire. Puis l'un d'eux déclare:
 
"Ce calao est trop malin. Il parle comme un homme."
 
 
Et un deuxième d'acquiescer:
 
"Comme un homme, et même comme un homme très intelligent. Pour ma part, je crois bien que c'est un homme qui se cache ainsi dans le corps d'un calao. Nous allons le battre, le frapper très fort et vous verrez que sous l'effet de la douleur, il redeviendra un homme."
 
"Oui, oui!" Acceptent les autres.
 
Le calao, entendant cela, tente de se sauver. Mais à peine a-t-il déployé ses ailes que les six hommes se saisissent de lui et se mettent à le rosser. Un homme l'attrape par le bout d'une aile, un autre par le bout de l'autre aile, tandis que leurs quatre compagnons le rouent de coups et le roulent dans la cendre noire laissée là par un feu de brousse éteint.
 
Ils le roulent dans cette cendre jusqu'à ce que l'oiseau devienne tout noir. Tout noir, excepté les deux bouts d'ailes que deux hommes tiennent fermement. C'est depuis ce jour que le calao, qui était autrefois tout blanc, est devenu noir.
 
Mais si vous le voyez un jour, ne vous étonnez pas de remarquer que le bout de chacune de ses ailes reste blanc.
 
 
*          *
 
*
 
La réponse à notre petite devinette du premier article était: le toucan. Bravo Kiki ;-)

Publié dans Les calaos

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Commenter cet article

LILOU 10/03/2007 15:49

magnifique ton blog bonne continuation

petite nananie 07/12/2006 08:20

sympa ton blog... j'adore tes images d'animaux... Sérieux je te mets +5, et je reviendrai y faire un tour, si tu passe sur mon blog, et que tu mets des coms!
Yen a qui adore les suchi... moi j'adore les commentaires!
www.petitenanie.boosterblog.com

jeff 06/12/2006 17:44

je trouve ton blog
super je t mis +5 et je recommencerai si tu me le ft
www.jeff8510.boosterblog.com

kiki 04/12/2006 16:01

eh beh quelle histoire !!! tout blanc ou tout noir il est de toute façon superbe ! et les photos sont magnifiques bravo !
pour la réponse , suis un peu contente de moi hi hi hi !
J'en profite pour vous féliciter de vos articles que je ne commente pas toujours ( rarement il faut dire) mais dont je regarde toujours ;-)
gros bisous